Marcel Mariën Belgian, 1920-1993

Marcel Mariën 1920-1993

Autodidacte et largement dépourvu de formation académique, Marcel Mariën a construit l'une des carrières les plus singulières du surréalisme belge, évoluant avec aisance entre la photographie, le collage, la création d'objets, l'édition et le cinéma, durant près de six décennies d'activité incessante à Anvers, à Bruxelles et au-delà.

 

Né à Anvers en 1920 dans un foyer modeste, Mariën quitte l'école à quinze ans pour se former comme apprenti photographe — un métier qui ressurgira plus tard au cœur de son langage artistique. Une rencontre fortuite avec les tableaux de René Magritte en 1937 l'attire à Bruxelles, où il intègre le cercle de l'artiste et présente, l'année suivante, sa propre construction L'Introuvable aux côtés de l'œuvre de son aîné, lors d'une exposition surréaliste collective à Londres — signe précoce de la rapidité avec laquelle il s'est approprié la logique de déplacement et de contradiction propre au mouvement.

 

Le service militaire interrompt cette ascension : mobilisé à Anvers en 1939, Mariën soigne les blessés lors de l'invasion de la Belgique, est fait prisonnier à Dunkerque et passe neuf mois en captivité à Görlitz, portant, dit-on, deux sacs de livres qu'il refuse d'abandonner. De retour à Bruxelles, il rédige la toute première monographie consacrée à Magritte, publiée en 1943 — la même année où il réalise sa percée photographique avec De Sade à Lénine, image d'une femme tranchant du pain contre son propre corps, qui fixe les deux pôles vers lesquels sa photographie ne cessera de revenir : l'objet quotidien vidé de sa fonction ordinaire, et le corps féminin traité comme matière première de l'invention.

 

Plutôt que de s'enfermer dans une seule discipline, Mariën délaisse la photographie au profit du travail sur l'objet, du dessin et, surtout, de l'écriture et de l'édition, devenant ainsi le principal archiviste et éditeur du mouvement. Il fonde en 1954 la revue Les Lèvres Nues, codirige avec Christian Dotremont et Paul Colinet la revue Le Ciel Bleu, et publie les écrits de Paul Nougé, Louis Scutenaire et André Souris, entre autres, dans une collection qui finira par compter plusieurs centaines de titres ; son ouvrage de 1979, L'Activité Surréaliste en Belgique, demeure la référence chronologique du mouvement en Belgique entre 1924 et 1950. La provocation ne le quitte jamais vraiment : en 1953, il répand sur le littoral belge de faux billets de banque dessinés par René et Paul Magritte, et en 1962, avec Leo Dohmen, il diffuse La Grande Baisse, un tract fictif — attribué à Magritte lui-même — annonçant de fortes remises sur les toiles du peintre, assez convaincant pour tromper André Breton lui-même et pour mettre fin aux vingt-cinq ans d'amitié entre Mariën et Magritte. En 1955, il institue le Prix international de la Bêtise humaine, dont le roi Baudouin de Belgique est le premier lauréat.

 

Son goût du déplacement dépasse largement le monde de l'art : deux années en mer à bord d'un cargo danois à partir de 1951, une année passée à New York en 1962, puis un séjour en Chine communiste comme traducteur pour le magazine China Under Construction, séjour qui s'achève sur une désillusion à l'égard du maoïsme. En 1959, il écrit et réalise le film L'Imitation du cinéma, collision d'images érotiques et religieuses qui sera interdit en France et qu'il s'avérera impossible de projeter aux États-Unis, même avec le soutien du Kinsey Institute. Il revient à la photographie comme médium central à partir de 1980 et travaille avec une grande prolificité jusqu'à sa mort à Bruxelles en 1993, composant des scènes de modèles nus au milieu d'objets étranges et de mises en scène absurdes, prolongeant jusqu'au bout de sa carrière ses tout premiers réflexes photographiques.

 

 

Depuis cette année, la Maurice Verbaet Collection a acquis la Fondation Marcel Mariën, prenant en charge l'intégralité de ses fonds et assurant désormais la représentation exclusive de la succession de l'artiste. L'ensemble des archives de la fondation — photographies, objets, publications et fonds documentaire — repose désormais entre les mains de la Collection, qui veillera à les préserver, les étudier et les présenter avec le même soin accordé à chaque artiste placé sous sa responsabilité.